Pyrénéisme, en quelques mots

  • Quelques mots sur le Pyrénéisme (09/09/2010)

Le Pyrénéisme, vu par Fred Talieu,
Guide de Haute Montagne,
Membre du bureau des Guides des Pyrénées Ariégeoises (lien ici).
Article publié sur la revue « ORIGIN »

On parle d’Alpinisme dans les Pyrénées alors qu’il s’agit bel et bien de Pyrénéisme .
Les générations précédentes nous ont laissé un précieux héritage qui nous permet aujourd’hui de continuer à parcourir ces itinéraires. Le pyrénéisme est immédiatement associé à des noms comme Russel, Ollivier, Ravier, Audoubert, Thivel, Bunny, Thinières, Castéran et bien d’autres …

Jean (à gauche) et Pierre Ravier avant l’ascension du Diedre jaune (voie Ravier) au Pic du Vignemale en1964.  Photo: desnivelpress.com

J’aimerai revenir sur « l’AOC RAVIER » ces deux frères jumeaux, Jean et Pierre grands amateurs de premières ascensions d’un bout à l’autre de la chaîne. Cette cordée, totalement atypique par ses réalisations et sa manière de vivre la montagne, n’a pas hésité à repousser les barrières de la difficulté sur les parois les plus impressionnantes des deux versants de la chaîne.

Dernièrement lors du tournage du film sur Jean et Pierre « Amateurs de premières » nous étions plusieurs guides et l’on nous a posé la question : « Qu’est-ce que le Pyrénéisme pour vous ?. » Nous n’avons pas eu de réponse spontanée. Mais après réflexion, il en ressort que le Pyrénéisme ne se conçoit pas forcément comme l’Alpinisme.

Nous sommes loin des feux des projecteurs et de la scène comme nos voisins des Alpes surtout ceux du massif du Mont-Blanc. Par contre nous avons beaucoup de plaisir à fréquenter des massifs comme celui des Écrins car nous avons l’impression d’être un peu comme chez nous : peu ou pas de remontées mécaniques, ambiance similaire chez les grimpeurs…

L’héritage des anciens se retrouve aujourd’hui dans notre pratique moderne de la montagne.

Les réalisations se font souvent avec beaucoup de discrétion de la part des grimpeurs. Je me souviens encore de la remarque de Bunny, il avait souligné dans un de ses innombrables billets d’humeur avec sa plume et sa verve bien acérées: « Les Pyrénées, ce massif situé au Nord de l’Afrique ! ».

Je repense souvent à la cascade de glace dans le cirque de Gavarnie, il a été le théâtre de réalisations majeures en Europe dans les années 70 avec l’équipe Dominique Julien, Rainier Munsch alias bunny, Michel Boulang et Serge Castéran qui ouvrent la cascade de l’Overdose (450m/ED) en trois jours.

En février 99, Rémi Thivel (Guide de Haute Montagne) reprend l’itinéraire en solo intégral. Si cette performance avait eu lieu dans les Alpes, elle aurait fait la une de tous les magazines du moment. Ou encore, lorsque Jérôme Thinières reprend à son tour en solo la voie Les délinquants de l’inutile au Vignemale. On peut aussi mentionner le solo intégral de Serge Castéran (Guide de Haute Montagne) dans les années 80 qui a enchaîné 3 voies à l’Ossau (Pilier de l’Embarradère, Piler Sud, Sud-Est directe) dans la journée. Cet enchaînement fait parti des grandes réalisations. On a d’ailleurs comparé cette performance à celles réalisées par Alex Huber dans les Dolomites son lieu de prédilection ces dernières années.

Je crois aussi que nous avons la chance de partager notre massif avec un pays comme l’Espagne. Pour le grimpeur pyrénéen, cela fait partie de la culture générale de traverser la frontière afin d’aller goûter au plaisir de la pierre et du vide. Les espagnols ont eu l’intelligence de faire cohabiter les différentes éthiques de la montagne. Beaucoup de parois en Espagne sont encore peu équipées et le mot aventure est plus présent que performance sportive.

Actuellement, nous allons vers des itinéraires de plus en plus techniques où l’on allie la cascade de glace, l’escalade, le dry-tooling. D’ailleurs les grimpeurs des deux versants de la chaîne sont très actifs et ouvrent des itinéraires magnifiques. Je ne suis pas forcément pour parler d’un pyrénéisme ou d’un alpinisme moderne. Je pense que ce n’est pas l’activité qui évolue mais le matériel. Nous sommes tout simplement dans la continuité de l’héritage légué par les anciens, on va toujours en montagne avec le même esprit, chercher là-haut des moments uniques à partager. Lorsqu’on va répéter une voie RAVIER on a l’impression de rentrer un peu dans leur intimité.

Également en lien ici, un article publié en avril 2010 reprenant les propos de H. Beraldi quant au Pyrénéisme…